
Réalisatrice de Matrix, Speed Racer et Cloud Atlas, Lilly Wachowski travaille depuis plusieurs années sur The Hunted, un thriller politique dystopique co-écrit avec sa compagne Mickey Ray Mahoney. Le film, budgété autour de 10 millions de dollars, met en scène deux femmes trans qui enquêtent sur un crime menant jusqu’aux plus hautes sphères du gouvernement, dans une Amérique où les personnes trans sont marginalisées et brutalisées.
Interrogée mi-août 2026 sur le podcast The Business de la radio KCRW, la cinéaste a expliqué que le scénario plaît, mais que les financeurs hollywoodiens renoncent à le produire une fois qu’ils découvrent que tous les rôles principaux sont écrits pour être interprétés par des acteurs et actrices trans. Elle dit devoir désormais chercher d’autres voies, en dehors des circuits classiques, pour que le film voie le jour. Elle décrit ce scénario comme une réponse directe à ce que vivent aujourd’hui les personnes trans, et comme un exutoire à sa colère et à sa frustration face au climat politique actuel. Le projet est développé via sa société Anarchists United, en association avec Ariadne Collective, la structure de production de Natasha Lyonne.
Ce blocage n’est pas isolé : l’association GLAAD, qui recense chaque année la présence de personnages LGBT+ dans les productions des grands studios, n’a identifié aucun personnage trans parmi les 225 films sortis en 2025 par les studios majeurs. Autrement dit, le refus de financer The Hunted illustre une tendance plus large de l’industrie du cinéma à l’égard des récits trans, plutôt qu’un cas isolé.
Le même mur, ailleurs
Cette difficulté à faire confiance à des professionnels trans, aussi expérimentés et reconnus soient-ils, ne se limite pas à Hollywood. Elle se retrouve, sous une forme plus silencieuse mais tout aussi concrète, dans l’accès à l’emploi en France.
Le dernier baromètre LGBT+ de l’Ifop pour l’association L’Autre Cercle, publié en 2026, confirme que les personnes transgenres restent les plus exposées aux discriminations au travail, dès la recherche d’un poste. Une autre étude, menée par OpinionWay pour Indeed, va plus loin : huit recruteurs sur dix considèrent la transidentité comme un frein à l’embauche, et près d’une personne trans sur deux déclare avoir déjà subi une discrimination lors d’un recrutement. Une fois en poste, les obstacles ne disparaissent pas : mégenrage récurrent, non-respect du prénom d’usage, harcèlement, climat de travail hostile. Selon une enquête de l’Agence européenne des droits fondamentaux publiée en 2023, 64 % des personnes transgenres en France déclaraient avoir subi une discrimination liée à leur identité de genre au cours des douze mois précédents.
Le 17 juin 2025, la Défenseure des droits a publié une nouvelle décision-cadre sur le respect de l’identité de genre, actualisant celle de 2020, et couvrant notamment l’accès à l’emploi. Sur le papier, la discrimination fondée sur l’identité de genre est interdite et sanctionnée par le Code pénal. Dans les faits, l’expertise, l’expérience et les compétences des personnes trans – qu’elles soient réalisatrices primées ou candidates à un poste – continuent trop souvent de passer après la seule question de leur identité.
C’est très exactement ce que documente, à son échelle, le combat de Lilly Wachowski pour financer The Hunted : un scénario salué pour sa qualité, une réalisatrice reconnue dans le monde entier, et malgré tout, une porte qui reste fermée dès qu’il s’agit de mettre des personnes trans au premier plan.
