Julia Curlee, officière de la CIA, aux côtés de Mike Pence et Donald Trump à la Maison-Blanche
Julia Curlee, officière de la CIA, aux côtés de Mike Pence et Donald Trump à la Maison-Blanche
Julia Curlee a servi quatre administrations américaines avant d’être écartée sans motif.

Julia Curlee a servi la CIA pendant près de vingt ans. En 2013, elle devient la première officière de l’agence à effectuer sa transition ouvertement. Puis, en mars 2025, un appel téléphonique met fin à sa mission à la Maison-Blanche. Personne ne lui explique pourquoi. En août 2026, elle a finalement raconté son parcours dans une tribune publiée par The Atlantic.

Le parcours de Julia Curlee, de la CIA à la Maison-Blanche

Julia Curlee entre à la CIA en 2007, sous George W. Bush. Ensuite, elle sert quatre administrations successives. Elle traverse trois guerres et se rend dans une trentaine de pays. En 2013, elle franchit un cap : elle effectue sa transition et reste dans l’agence. Avant elle, personne ne l’avait fait.

Pendant plus d’un an, elle prépare aussi le briefing quotidien de Mike Pence. Sa semaine de six jours commence à 23 heures. Ainsi, les renseignements les plus sensibles du pays arrivent sur le bureau du vice-président au lever du jour. Au départ, les positions publiques de Mike Pence sur les droits LGBT+ l’inquiètent. Pourtant, à la fin de cette mission, il reçoit sa famille à la Maison-Blanche. Devant sa mère, il dit qu’elle peut être fière de sa fille.

Une promesse faite aux jeunes trans

En 2017, Julia Curlee écrit déjà dans The Atlantic, sous le pseudonyme de Jenny Hall. Elle y adresse un message aux jeunes trans : la CIA recrute aussi des personnes comme vous. Neuf ans plus tard, elle revient sur cette promesse. En effet, elle explique ne plus pouvoir recommander l’agence à des Américains LGBTQ. D’ailleurs, elle décrit cette phrase comme la plus difficile de sa carrière.

Soixante-neuf jours, puis un appel

Au début du second mandat de Donald Trump, Julia Curlee travaille au Conseil de sécurité nationale. Sa hiérarchie l’avertit : en tant que femme trans, elle sera prise pour cible. Des collègues lui conseillent alors de partir d’elle-même. Cependant, elle estime que son devoir est de rester.

Fin mars 2025, elle déjeune en famille dans un restaurant de Roanoke, en Virginie. Son téléphone sonne. Sa mission est terminée. Personne ne lui donne de motif. Le même jour, une influenceuse d’extrême droite proche du pouvoir réclame publiquement un départ. Sa cible : une personne transgenre, héritée de l’ère Biden, encore en poste au renseignement.

L’analyse de Julia Curlee est sans détour. L’administration savait qu’elle était trans dès le premier jour. En revanche, tant que rien n’était public, cela ne posait aucun problème. Ensuite, ni ses états de service ni ses affectations en zone de guerre n’ont pesé.

Le retour à la CIA, puis la démission

L’agence la réaffecte à un poste interne. Elle vit ce retour comme une humiliation. De plus, les nouvelles règles fédérales sur les toilettes compliquent son quotidien. Chaque jour, elle traverse les bâtiments pour rejoindre l’un des rares sanitaires non genrés. Après vingt ans de carrière, elle finit par démissionner.

Aujourd’hui, Julia Curlee s’exprime parce que ses anciens collègues ne le peuvent pas. Surtout, elle décrit une peur devenue palpable dans les agences de renseignement.

Le statut des personnes trans aux États-Unis

Cette éviction n’est pas un accident de parcours. Elle s’inscrit dans une séquence engagée dès le premier jour du mandat.

Une série de décrets, puis des décisions de justice

  • 20 janvier 2025 : un décret redéfinit le sexe, au niveau fédéral, comme strictement binaire. Le Département d’État cesse alors de délivrer des passeports portant un marqueur « X ».
  • Janvier 2025 : un autre décret coupe les financements fédéraux des soins de transition pour les mineurs.
  • Février 2025 : un décret exclut les femmes trans des compétitions sportives féminines. Les établissements récalcitrants risquent de perdre leurs financements.
  • 2025 : l’administration transfère les personnes trans incarcérées selon leur sexe assigné à la naissance.
  • Mars 2026 : une cour d’appel fédérale autorise la Virginie-Occidentale à exclure les soins de transition de Medicaid. Cette fois, la mesure vise les adultes.
  • Juin 2026 : la Cour suprême valide l’exclusion des athlètes trans en Idaho et en Virginie-Occidentale.

Du sport aux fichiers du FBI

Un glissement supplémentaire s’ajoute à ce tableau. En décembre 2025, une note interne de la procureure générale Pam Bondi fuite dans la presse. Reuters l’a confirmée. Elle demande au FBI de recenser des organisations relevant du « terrorisme intérieur ». De plus, elle prévoit des primes en espèces pour les informations menant à des arrestations. Or la définition retenue vise l’adhésion à une prétendue idéologie du genre radicale.

Autrement dit, la frontière a bougé très vite. Au départ, ces mesures visaient les mineurs et le sport. En moins de deux ans, elles touchent l’état civil, les soins des adultes et l’emploi public.

Et en France ? Ce que dit vraiment le droit

Le cadre français n’est pas le cadre américain. D’abord, la Convention européenne des droits de l’homme s’impose à nous. Ensuite, le Conseil constitutionnel et la Cour de Strasbourg exercent un contrôle réel. Enfin, la loi du 18 novembre 2016 a démédicalisé le changement d’état civil. Nous détaillons ces démarches dans un autre article.

Pour autant, une partie de nos protections ne repose pas sur la loi. L’accueil des élèves trans à l’école tient à une circulaire de 2021. Les recommandations de la Défenseure des droits n’ont aucune force contraignante. De même, les remboursements, la formation des soignants et les subventions relèvent d’instructions administratives. Or un gouvernement peut réécrire tout cela sans vote du Parlement.

Un texte déjà voté au Sénat

En mai 2024, le Sénat a adopté une proposition de loi des Républicains, par 180 voix contre 136. Le texte interdit les chirurgies et les traitements hormonaux de transition aux mineurs. Il encadre aussi strictement la prescription des bloqueurs de puberté. Une partie des centristes et les deux sénateurs RN l’ont soutenu. Cependant, l’Assemblée nationale ne l’a jamais inscrit à son ordre du jour. Il attend donc une majorité.

Ses auteurs affirment vouloir protéger les mineurs, sans toucher aux droits des adultes trans. Cette position mérite un débat de fond. Toutefois, l’exemple américain invite à la prudence : là-bas, cette frontière n’a pas tenu.

À l’approche des prochaines échéances électorales, la vraie question devient simple. Combien de nos protections tiennent à un texte qu’un gouvernement peut réécrire seul ? Et combien tiennent à une loi ? Les chiffres 2025 des LGBTIphobies en France rappellent par ailleurs que le climat compte autant que le droit.

Ce que nous retenons du cas Julia Curlee

Le parcours de Julia Curlee montre une chose. Ni la compétence, ni l’ancienneté, ni la loyauté ne protègent quand une politique désigne un groupe. Julia Curlee n’était pas militante. Elle faisait son travail.

À Douce Trans, nous écoutons et nous accompagnons des personnes trans et intersexes, à Versailles et alentour. Par ailleurs, nous savons combien l’actualité pèse sur le moral. Nous en parlons dans notre article sur la santé mentale et l’accompagnement. Si vous vous demandez ce qui pourrait changer pour vous ou pour votre enfant, écrivez-nous. En parler avec quelqu’un qui comprend, c’est déjà quelque chose.

Sources

  • Julia Curlee, « The Wrong Kind of American », The Atlantic, août 2026.
  • PBS NewsHour, entretien avec Julia Curlee, août 2026.
  • LGBTQ Nation, 17 août 2026.
  • Lawfare, analyse de la note Bondi du 4 décembre 2025.
  • Public Sénat, vote du Sénat, 29 mai 2024.

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